Dans les coulisses de la trêve hivernale du SERT
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Loin des circuits et de l’agitation des paddocks, la trêve hivernale marque une pause bien méritée pour les teams.
Pourtant, l’hiver n’est jamais synonyme d’arrêt. Au contraire, c’est une phase essentielle qui commence, une phase moins visible, mais déterminante pour la saison à venir.
Debrief, pause et retour au travail
Après chaque fin de saison l’équipe prend le temps d’analyser l’ensemble des courses passées pour comprendre ce qui a fonctionné et identifier les axes d’amélioration. Résultats, courses décisives, choix techniques, stratégie, organisation du box : tout est étudié afin de comprendre la place finale et préparer la suite. Cette étape est très importante pour planifier la ligne directrice à suivre lors de la trêve hivernale.
Une fois l’analyse terminée, l’atelier entre dans une phase de fond. Tout est démonté, nettoyé, contrôlé. Certaines pièces repartent au Japon, d’autres sont remplacées ou reconditionnées. Le matériel de course est entièrement révisé.
« Pour une seule moto en piste, on a une quantité impressionnante de matériel autour », rappelle Quentin Ménard, Responsable des opérations du Team « Des roues, des réservoirs, des pièces en double ou triple… L’hiver sert aussi à tout inventorier et remettre parfaitement en ordre. »

Les motos destinées aux salons, comme l’EICMA, sont préparées. Les machines d’entraînement des pilotes sont ajustées. Rien n’est laissé au hasard. Louis Godignon, responsable technique et mécanicien châssis du SERT, insiste sur cet aspect invisible : « Ce que les gens ne voient pas, c’est que la fiabilité en course se joue ici. Si on fait bien le travail l’hiver, on gagne en sérénité toute la saison. »
Ces quelques mois permettent au team d’anticiper la saison à venir pour continuer de progresser, mais cela permet surtout d’avancer sur le développement d’idées apparues tout au long de la saison précédente. Pour Louis Godignon, « cela engage une nouvelle phase de travail » il nous explique que « l’hiver permet dans un premier temps de se concentrer sur tous les points que l’on n’a pas eu le temps d’aborder pendant la saison : logistique, entretiens divers, réparations sur le matériel opérationnel. »
L’organisation hivernale n’est donc pas seulement technique, elle est stratégique. Elle conditionne la fluidité du box lorsque la pression revient.
Repenser les méthodes de travail
La trêve hivernale est aussi un moment clé pour remettre en question les méthodes de travail. Planning hebdomadaire, répartition des tâches, préparation des pit stops, gestion du matériel : rien n’est figé. « Si quelque chose n’a pas fonctionné pendant la saison, on cherche pourquoi », explique Quentin. « Et même quand ça fonctionne, on se demande toujours comment faire mieux. » Louis complète, « On essaie d’être plus efficaces chaque année. Parfois ce sont des petits détails d’organisation qui font gagner du temps en course. Et en endurance, le temps, c’est précieux. »
Depuis l’arrivée de Yoshimura en 2021, cette exigence s’est encore accentuée. Il a fallu harmoniser deux cultures de travail, trouver un équilibre entre rigueur japonaise et pragmatisme historique du team, pour construire une méthode commune.

L’hiver, laboratoire de projets
Loin des week-ends de course, l’hiver devient aussi un terrain d’expérimentation. « C’est le moment où l’on peut lancer des projets qu’on ne pourrait pas mener en pleine saison », explique Louis Godignon. Développement technique, optimisation logistique, préparation spécifique pour l’endurance, planification des essais : ces chantiers demandent du temps et de la concentration. Quentin précise : « Pendant la saison, on est focalisés sur la performance immédiate. L’hiver permet de tester, d’essayer, parfois de se tromper, et d’ajuster avant que la compétition ne reprenne. » Certains roulages à l’étranger permettent d’évaluer de nouvelles pièces ou configurations. Une liberté difficilement envisageable en pleine campagne de championnat.
Plus de temps, plus d’échanges
La trêve hivernale a aussi un impact humain. « On a plus de temps pour échanger entre nous », souligne Louis. « Pour expliquer certaines décisions, transmettre, discuter des idées. » Libérés de l’urgence permanente, les membres du team peuvent prendre du recul. Les discussions sont plus approfondies, les retours d’expérience mieux partagés. Pour Quentin, cette période renforce le collectif : « La cohésion se construit aussi ici. Quand la saison reprend, chacun sait exactement son rôle et on fonctionne presque automatiquement. »
Une fondation pour la performance
Si l’hiver peut sembler plus calme vu de l’extérieur, il constitue en réalité le lancement de la saison. Analyse, remise en question, entretien, projets, organisation, cohésion : tout se construit loin des circuits. La performance ne se joue pas uniquement sur la piste, elle se prépare dans l’atelier, lorsque le travail de l’ombre devient la priorité.