Le box : l’organisation derrière la course dans le  Team Yoshimura SERT Motul

Le box : l’organisation derrière la course dans le Team Yoshimura SERT Motul

Dans le Championnat du Monde d’Endurance FIM EWC, l’attention du public se concentre sur les pilotes et leur performance en piste. Pourtant, derrière chaque relais, chaque dépassement et chaque chrono, se cache un dispositif complexe : le box. Véritable centre opérationnel, il concentre toutes les compétences nécessaires pour mener une moto d’endurance jusqu’au drapeau à damier.

Plus qu’un espace de travail

Pour le public, le box reste mystérieux, mais pour l’équipe, il est une véritable maison éphémère. On y vit et on y mange pendant plusieurs jours. C’est là que naissent les plus belles victoires et que se digèrent les défaites les plus amères.

Au-delà de la mécanique et des datas, le box est surtout un lieu où l’humain prend toute sa place. On y lit la tension sur les visages lors d’une réparation, la joie après un relais parfaitement exécuté, mais aussi la fatigue qui s’installe au fil des heures sans sommeil. L’endurance est une épreuve collective autant physique que mentale. La cohésion et la communication deviennent vitales : la moindre erreur peut compromettre la course, mais la solidarité et le soutien mutuel permettent bien souvent de surmonter les moments les plus difficiles.

Une organisation millimétrée

Que ce soit pendant 8 ou 24 heures, le box fonctionne comme une horloge parfaitement réglée. Chaque membre de l’équipe connaît son rôle au millimètre. Les mécaniciens assurent les ravitaillements et les réparations en cas de problème, sous la coordination du chef mécanicien, véritable chef d’orchestre. Les ingénieurs français et japonais, eux, surveillent les datas : performance, consommation d’essence, kilométrage ou encore stratégie de course. Les responsables carburant se chargent du plein à chaque relais, épaulés par un pompier qui sécurise chaque manipulation. À l’arrière, l’équipe pneumatique prépare les prochaines roues, tandis qu’en bord de piste les chronométreurs scrutent chaque passage. Enfin, le team manager garde un œil sur l’ensemble des opérations pour veiller à la cohésion générale. 

Cette organisation ne doit rien au hasard. Les rôles sont définis à l’avance et chacun sait exactement quoi faire et à quel moment. « Chaque personne à son rôle à jouer, à un moment ou un autre, et son action est déterminante pour la course. » explique Quentin Menard, chargé des opérations de l’équipe.

La préparation commence elle aussi bien avant le départ. Le box est organisé de manière millimétrée : outillage, pièces de rechange, écrans de suivi de la course, tout doit être à sa place pour réduire au maximum les pertes de temps en cas d’intervention. Le matériel est systématiquement testé en amont, qu’il s’agisse du système de ravitaillement, du matériel de mise en grille ou encore de la connexion avec le panneau lumineux. Comme le rappelle Quentin, « l’objectif est d’éviter toute mauvaise surprise pendant la course […] Nous ne laissons que peu de place à l'improvisation, l'équipe s'entraine des dizaines de fois avant la course pour mémoriser au maximum les gestes, gagner en rapidité et en constance. »

Là où se décide la course

Au cœur du box, tout converge, les écrans diffusent en continu les chronos, la position en course et les écarts avec les adversaires. C’est ici que le chef mécanicien et les ingénieurs analysent ces données pour ajuster la stratégie au fil des heures. Leurs décisions guident la course : planifier un ravitaillement, choisir le bon moment pour changer de pilote, adapter le rythme en fonction de la météo ou réagir à une attaque d’un concurrent direct.

« La stratégie est définie en amont, mais elle évolue sans cesse avec les faits de course, le ressenti de nos pilotes, nos concurrents et nos objectifs », souligne Quentin. Rien n’est figé : un changement soudain de météo, une consommation plus élevée que prévu ou un simple tour d’avance peuvent remettre en question la tactique initiale.

Côté organisation, les rôles restent très stables du départ à l’arrivée. « Chacun répète à chaque ravitaillement sa mission, puis se prépare pour le suivant. Il n’y a pas de laisser aller possible, chaque geste compte », explique Quentin. Même dans les courses de 24 heures, cette constance est essentielle : un départ maîtrisé tout en mesurant les risques, un rythme adapté à la fatigue de la nuit, et des décisions stratégiques calculées dans les dernières heures pour maximiser le résultat au passage de la ligne.

Dans cette atmosphère tendue, chaque information devient capitale. Les ingénieurs ne se contentent pas de lire les chiffres : ils traduisent les données en décisions rapides, qui peuvent offrir un avantage ou, au contraire, coûter cher. Le box agit comme un cerveau collectif où la réactivité et la précision dictent la performance globale. 

La course contre le chrono

En endurance, chaque seconde compte. Un ravitaillement complet : essence, changement de pneus, relais de pilote doit se réaliser le plus rapidement possible. « Le ravitaillement est une chorégraphie qui, si tout va bien, suit toujours le même schéma », explique Quentin. Le pilote arrive, s’immobilise avec précision et coupe le moteur. Immédiatement, les mécaniciens, reconnaissables à leurs brassards, béquillent la moto et changent les roues en à peine cinq secondes. Pendant ce temps, le responsable essence, son assistant et le pompier, tous équipés de combinaisons anti-feu, se préparent à remplir le réservoir. Le carburant n’est versé qu’une fois toutes les interventions mécaniques terminées. En environ sept secondes, le réservoir est plein, et le pilote suivant prend le relais, repartant avec des pneus neufs et le plein d’essence.

Pour anticiper ces interventions, l’équipe se prépare intensivement avant la course. « Nous essayons d’anticiper tous les scénarios possibles », précise Quentin. L’ensemble des pièces est disponible dans le box ou à proximité en cas de problème (carénage, demi-guidon, platines, capteurs, faisceau électriques, fourche, chaîne…) Les mécaniciens s’entraînent également à réparer la moto en simulant différents soucis.

Pendant la course, les interventions restent critiques et doivent être réactives. « Nous n’avons pas accès aux datas de la moto en temps réel, donc les mécaniciens doivent rester en alerte constante », explique Quentin. À chaque ravitaillement, ils jettent un rapide coup d’œil à la moto, et le ressenti des pilotes après chaque relais aide à anticiper d’éventuels problèmes. Chaque geste, chaque observation peut faire la différence sur la performance globale.

Les indispensables du box

Derrière l’image spectaculaire des ravitaillements, le quotidien du box repose sur une logistique matérielle bien rodée. « Outre des caisses à outils bien équipées, le matériel pour le ravitaillement est un indispensable : béquille avant, béquille arrière, les pistolets à air pour les roues… », détaille Quentin. Rien n’est laissé au hasard, car la moindre seconde gagnée peut faire la différence.  

À cela s’ajoutent plusieurs écrans pour suivre en direct la course et les chronos, ainsi qu’une étagère remplie de pièces de rechange, prêtes à être montées en cas de problème. Car en endurance, il faut savoir anticiper l’imprévu. Et puis, dans cet univers où la concentration est poussée à l’extrême pendant 24 heures, il existe un allié plus inattendu mais tout aussi indispensable : « une bonne machine à café pour tenir 24 heures », sourit-il. Clin d’œil à la part d’humanité dans un environnement dominé par la technique, elle devient parfois le point de ralliement du box.  

La communication box-pilote

Pendant la course, la communication entre le box et les pilotes est essentielle, mais elle reste très encadrée. « La communication box–pilote est uniquement possible via le panneau lumineux en bord de piste », explique Quentin. Le système de radio embarqué étant interdit par le règlement, tout le dialogue doit passer par ces signaux visuels.

L’équipe se charge de transmettre au pilote le maximum d’informations sur la course et la moto : nombre de tours restants, positions, écarts avec les concurrents, consignes… 

« L’ensemble des messages et informations est défini avant la course avec les pilotes, en fonction de leurs besoins », précise Quentin. Les messages sont conçus pour être courts et immédiatement compréhensibles, afin que le pilote puisse les lire d’un coup d’œil et réagir sans perdre de temps.

Cette organisation oblige à une préparation minutieuse en amont et à une grande rigueur pendant la course : chaque signal, chaque geste a son importance et peut influencer la performance globale.

L’endurance n’est pas seulement une histoire de vitesse, c’est avant tout une aventure collective où chaque geste, chaque décision et chaque détail compte. Dans ce théâtre de l’ombre, le box se révèle être bien plus qu’un simple espace technique.

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